L’accord conclu à Copenhague est une déception à la hauteur des attentes suscitées tout au long de l’année 2009 et de l’exceptionnelle mobilisation de centaines de chef d’états. Une déception mais pas complètement un échec car si l’accord de Copenhague n’est pas à la hauteur de l’urgence de l’enjeu, il n’en offre pas moins des avancées non négligeables sur lesquelles il conviendra de s’appuyer en 2010.
On attendait de Copenhague la conclusion d’un accord à la fois juste, ambitieux et efficace pour réduire les émissions de
gaz à effet de serre (GES). Les travaux du
GIEC et le rapport Stern nous ont montré l’urgence d’agir et en juillet 2009, lors du sommet du Forum des économies majeures (FEM) à L'Aquila, les chefs d’État des 17 pays les plus émetteurs de
GES se sont mis d’accord pour faire de l’objectif de limitation de la hausse des températures à + 2 °C le guide de l’effort international de réduction des émissions de GES.
Copenhague se devait donc de définir les modalités d’engagement de tous les pays pour parvenir à cet objectif. Pour stabiliser les émissions de GES à environ 450
ppm de
CO2-eq en 2050, dans un monde peuplé d’environ 9 milliards d’habitants, il faut que le niveau moyen d’émissions par habitant soit de 2t de CO2-eq. Le niveau d’émissions par habitant des Américains est aujourd’hui environ de 20t de CO2-eq, celui des Européens de 10t, celui des Chinois de 6t, et celui des Indiens de 2t. D’après le GIEC, les pays développés doivent réduire de 80 à 95% leurs émissions de GES en 2050 par rapport à 1990, et de 25 à 40% en 2020 par rapport à 1990.
Il est important d’analyser cet accord avec comme point de référence l’accord nécessaire pour atteindre l’objectif de 2°C, qui est celui fixé par la déclaration politique et non pas un accord utopique. À cet égard, il s’agit d’un accord a minima et décevant sur le fond. Mais ce n’est pas la seule manière de voir les choses. On doit également tenir compte du contexte. La superposition des limites fixées par les différents pays n’a pas permis de parvenir à un accord ambitieux, et l’accord trouvé est en quelque sorte le plus petit dénominateur commun :
- Les États-Unis n’ont rien cédé. Le calendrier des négociations était très mauvais pour eux dans la mesure où leur législation nationale n’était pas encore adoptée.
- Les pays émergents ont fait une concession concernant la vérification de leurs actions. La formule utilisée, « consultations et analyses internationales », peut sembler anodine. Mais elle signifie qu’ils sont désormais arrimés au régime international, ce qui constitue un grand pas en avant. Cette concession leur permet de montrer qu’ils mènent leurs actions et effectueront leurs communications en toute transparence.
- L'UE a tâché de faire pression sur les États-Unis et les pays émergents pour les inciter à revoir leurs ambitions à la hausse. En vain.
Ce n’est pas l’accord que nous espérions mais, compte tenu du contexte, et notamment de la perception que les États avaient de leurs propres intérêts nationaux, et de la conduite du processus de négociation, il était difficile d’imaginer autre chose et c’est pourquoi beaucoup s’accordent à penser qu’il s’agit sans doute du meilleur accord possible. Cet accord a permis de sortir de la situation inextricable dans laquelle se trouvait la communauté internationale, mais il doit néanmoins être rapidement et fortement étayé.